Soins

Bon pied bon oeil

Le vieil adage «Pas de pieds, pas de cheval» ne se démodera jamais tant il est souvent vérifié. Un pied sain induit une corne de bonne qualité qui s’obtient en respectant trois règles...

I- Soins courants : CURER

Matériel : cure-pied basique, brosse dure ou bouchon, ou cure-pied avec petite brosse incorporée. 

Quand ? «Tous les jours, que le cheval soit monté ou non, lors du pansage. Puis avant — par propreté — et après le travail — par sécurité — pour enlever tout corps étranger qui peut se coincer dans les lacunes. Un minuscule petit caillou peut causer une plaie, une inflammation et déboucher sur une boiterie.»

Un cure-pied pliant est utile et très pratique (peu encombrant), à emporter dans la poche lors d’une balade ou d’un trotting sur sol caillouteux. Le curage quotidien des pieds est aussi l’occasion de vérifier la tenue du fer (s’il «chante», il est fatigué) et l’état des clous (à remettre ou à rabattre) afin de prévoir la visite du maréchal-ferrant en temps et en heure. 

Comment ? Avec le cure-pied, commencer par enlever le plus gros du fumier tassé sur la sole (la «galette»), puis insister sur les lacunes latérales en partant du talon vers la pince, sur la saillie de la fourchette et les contours intérieurs du fer. Enlever tout débris suspect, finir en passant un bon coup de brosse sur le dessous et le dessus du sabot (sans trop appuyer sur le périople).

«Bien nettoyer le talon si le cheval porte des plaques.» Si vous curez les pieds hors du box, ne pas oublier pour finir de passer un coup de balai pour laisser la place propre et nette.

Curez les pieds quotidiennement, en dégageant bien les lacunes.
Effectuez ce geste avant et après le travail.

Terminez le curage par un coup de brosse dure sous le sabot, afin d’éliminer toutes les impuretés.

II- Soins courants : GRAISSER

Matériel : pinceau, onguent ou graisse (en pot ou en spray), chiffon, gants caoutchouc en option. 

Quand ? «À chacun sa périodicité, moi je graisse les pieds tous les jours. J’utilise essentiellement de la graisse blonde. Les pieds lui disent merci.»

Comment ? Une fois le pied nickel (curé et brossé), commencer par le dessous du sabot avant de faire le dessus «pour éviter de s’en mettre plein les mains». Nouer la queue pour ne pas qu’elle trempe dans la graisse ou qu’elle fouette le visage.

Avec le pinceau, enduire généreusement sole, lacunes, talon jusqu’au niveau des glomes. Une fois l’intérieur bien badigeonné, passer à la paroi extérieure en insistant sur le bourrelet périoplique en passant le pinceau à rebrousse-poil (de bas en haut). Enlever les coulures ou les « ratures » (dérapage sur une balzane blanche) avec un chiffon.

Enduisez généreusement les sabots de graisse, en commençant par la sole, les lacunes, le talon jusqu’aux glomes, puis les parois extérieures.

Quand graisser ?

Impérativement avant la douche, sur un pied sec. Si la corne est imprégnée d’humidité, la graisse va glisser dessus et ne pénétrera pas. Par ailleurs, la graisse va retenir l’humidité dans le sabot et ramollir les tissus internes. 

• Surtout pas avant la venue du maréchal-ferrant. À moins que vous ayez envie de vous fâcher avec lui. 

• Après une ferrure neuve (photo ci-dessus) : certains disent que cela n’augmente pas le risque que le cheval se déferre mais qu’au contraire cela va amoindrir les « agressions » subies par la corne (taille et râpage retirent le vernis protecteur naturel de la paroi).

D’autres préconisent d’attendre 48 heures avant de passer le pinceau. Demandez à votre maréchal ce qu’il en pense.

III- Soins ciblés

 Fourchette pourrie : 

En cause, l’absence ou la négligence de soins aux pieds et/ou une litière mal entretenue. Si la fourchette est molle, profonde, friable et qu’elle dégage une odeur nauséabonde, il faut traiter sans tarder.

Insérer des mèches de coton ou de gaze trempées généreuse- ment dans la liqueur de Villate (solution de sulfate de cuivre à faire préparer en pharmacie ou chez le vétérinaire) dans les lacunes latérales et médiane, à bien caler avec la pointe du cure-pied.

Le pansement est à renouveler tous les jours jusqu’à ce que la fourchette reprenne une texture normale. «Traiter un pied à la Villate ne sert à rien si le cheval continue à séjourner sur une litière sale, non entretenue régulièrement.»

La liqueur de Villate (ou autre solution à base de sulfate de cuivre) sert à traiter les fourchettes pourries.

 Goudron de Norvège :

«Le goudron de Norvège n’est pas une graisse à pied, c’est un soin spécifique, à ne pas utiliser trop souvent. Il assèche la corne et est donc plutôt indiqué pour l’hiver ou encore dans le cas de fourchette molle ou pourrie. À ne passer que sous le sabot, pas sur les parois et surtout pas sur bourrelet périoplique, ce qui empêcherait la corne de pousser.» 

 Biotine : 

Vitamine H contenue dans l’alimentation humaine (légumineuses, fruits, jaune d’oeuf, céréales, foie) administrée au cheval sous forme de granulés en complément alimentaire.

Bénéfique pour les fonctions intestinales (régularise et donne de l’appétit), elle fortifie poils, crins et corne. « Je donne de la biotine à raison d’une dose par jour pendant au moins trois mois. C’est riche en protéines et en acides aminés, ça donne beau poil et corne solide. » 

 Avatars divers du sabot : 

Bleime, seime et autres « bobos » du sabot doivent avant tout être signalés au maréchal-ferrant. En accord avec lui, vous pourrez ensuite envisager un traitement d’appoint avec des produits ciblant plus spécifiquement le cas traité.

En position. 

Pour curer ou graisser, on peut faire le tour du cheval en prenant chaque pied latéralement (photo ci-contre), ou croiser et opérer d’un seul côté en saisissant les membres opposés sous le ventre (gain de temps et de manipulation à condition que le cheval soit rompu à cet exercice).

Si l’on veut croiser (en étant à gauche du cheval), prendre l’antérieur droit derrière le gauche, faire passer le postérieur droit devant le gauche. «S’il tape, c’est lui qui prend, pas toi.»